Lorsqu’on demande à Manon Sayag d’où lui vient son intérêt pour l’eau, elle ne commence pas par parler de chimie, de contaminants ou de technologies. Elle replonge plutôt dans ses souvenirs d’enfance, sur les rives de la Méditerranée.
Son père était moniteur de plongée. Une partie de sa famille habite encore le pourtour méditerranéen. L’eau a toujours fait partie de son quotidien. Mais un épisode en particulier a profondément marqué son parcours. « Quand j’étais jeune, on allait pêcher la dorade. En quelques années seulement, on est passés de prises suffisantes pour nourrir toute la famille à quatre ou cinq poissons. Ça m’a beaucoup touchée. Je pense que c’est à ce moment-là que quelque chose s’est allumé en moi. »
Des années plus tard, cette sensibilité deviendra une véritable mission de vie. Aujourd’hui, avec FloteXa, l’entrepreneure souhaite offrir une nouvelle façon de restaurer les écosystèmes aquatiques grâce à une solution qui s’inspire directement… de la nature.

Une technologie qui laisse les plantes faire le travail
Le principe développé par FloteXa est étonnamment simple. L’entreprise conçoit des îlots flottants végétalisés qui accueillent des plantes aquatiques indigènes du Québec. Installées directement à la surface de l’eau, celles-ci utilisent naturellement leur système racinaire pour absorber les nutriments et certains contaminants responsables de la dégradation des plans d’eau. « Les plantes viennent accumuler les contaminants directement dans leurs tissus. C’est la plante qui soigne le problème. Ensuite, nous la récoltons et nous la valorisons sous forme de compost ou par d’autres traitements spécialisés. »
Ce phénomène, appelé bioaccumulation, est bien documenté scientifiquement. Les plantes deviennent ainsi de véritables systèmes de filtration vivants, capables d’extraire notamment les excès de phosphore qui favorisent la prolifération des algues.
Mais pour Manon Sayag, il ne s’agit pas de remplacer toutes les autres approches. « Nos îlots sont une solution complémentaire. Ils améliorent la qualité de l’eau, mais il faut aussi agir en amont sur les sources de pollution. Un îlot ne peut pas tout faire à lui seul. »

Une innovation pensée pour le Québec
Plusieurs technologies semblables existent déjà ailleurs dans le monde. FloteXa a toutefois choisi de s’attaquer à un défi souvent négligé : le climat nordique. Les plantes utilisées sont toutes indigènes du Québec. Les matériaux composant les structures sont également sourcés localement, notamment à partir de fibres de chanvre, tandis que l’équipe travaille sur un système d’ancrage permettant aux îlots de résister aux glaces et aux variations saisonnières.
Même leur design n’a pas été choisi au hasard. Inspirés des alvéoles d’une ruche, les modules adoptent une forme hexagonale qui facilite leur assemblage et permet de créer des paysages flottants plus harmonieux. « On trouvait que cette forme apportait une véritable valeur esthétique au site, en plus d’être très pratique pour créer différents assemblages. » Chaque îlot couvre environ trois mètres carrés et a été conçu pour nécessiter le moins d’entretien possible. L’objectif est clair : créer un système capable de s’autoréguler naturellement.
Du concours à l’entreprise
Comme plusieurs jeunes entreprises en technologies propres, FloteXa est née presque par hasard. En 2025, l’équipe participe au défi AquaHacking, organisé à Rouyn-Noranda, avec une idée encore à l’état de concept. Le projet séduit rapidement le jury. La deuxième place, accompagnée d’une bourse de 10 000 dollars, agit comme un véritable déclencheur. « C’est à ce moment-là qu’on s’est demandé jusqu’où ce projet pouvait aller. »
Après la compétition, l’équipe rejoint l’incubateur 2 Degrés, où elle bénéficie d’un accompagnement pour structurer son modèle d’affaires. L’un des premiers appuis déterminants provient notamment de Gaston Déry, qui facilite les premiers contacts avec le Port de Québec. Quelques rencontres plus tard, FloteXa obtient son tout premier projet pilote à l’Oasis du Port de Québec, dans le bassin Louise. Un terrain d’essai idéal. « Nous voulions tester notre technologie dans un environnement suffisamment grand, mais tout de même contrôlé. Le bassin Louise représentait exactement ce qu’il nous fallait. »

Observer avant de convaincre
Contrairement à plusieurs jeunes pousses qui cherchent rapidement à commercialiser leur innovation, FloteXa adopte une approche résolument scientifique. Tout au long de l’été, l’équipe réalise des analyses sur les plantes avant leur installation, puis répète les prélèvements plusieurs semaines plus tard afin de mesurer précisément les contaminants accumulés. Ces analyses représentent un investissement important, mais elles sont essentielles pour démontrer l’efficacité du procédé. « Nous devons choisir les moments les plus pertinents pour échantillonner les plantes. Ce sont des analyses coûteuses, mais elles sont indispensables pour comprendre ce qui se passe réellement. »
Les résultats permettront d’alimenter les prochains projets pilotes actuellement en préparation, notamment en Abitibi et au lac Saint-Augustin.
Restaurer les écosystèmes… et notre lien avec eux
Au fil de la conversation, une idée revient dans le discours de Manon Sayag : l’eau demeure une ressource largement sous-estimée. Selon elle, l’un des plus grands mythes consiste à croire que les lacs et les rivières sont alimentés uniquement par la pluie. « On oublie souvent qu’il y a énormément d’eau sous nos pieds. Les nappes phréatiques alimentent nos cours d’eau, mais leur niveau diminue lui aussi. Sans cette eau souterraine, plusieurs lacs seraient tout simplement à sec. »
Pour FloteXa, la restauration écologique ne consiste donc pas seulement à améliorer des indicateurs environnementaux. Elle vise aussi à transformer notre regard sur les milieux naturels.
En attendant d’accueillir ses premiers clients municipaux et industriels, l’entreprise poursuit le développement de sa technologie avec une même conviction : parfois, les solutions les plus innovantes sont simplement celles qui s’inspirent du vivant.
Visitez le site web de l’entreprise en cliquant ici.
/ Cette entrevue est rendue possible grâce à ce formidable partenariat entre Collab&Co et 2 Degrés, incubateur spécialisé en technologies propres basé à Québec, afin de mettre en lumière ces projets et ces entrepreneur(e)s qui sont l’avenir de notre écosystème entrepreneurial.
Un sincère merci à toute l’équipe!


