Pendant plusieurs années, Louis Fouché incarnait l’image classique de l’entrepreneur en pleine ascension. Passionné de création vidéo, formateur reconnu, influenceur dans son domaine, il avait bâti une entreprise florissante à partir d’une passion née bien avant sa vie professionnelle. Derrière cette réussite se cachait toutefois une réalité beaucoup plus fragile : celle d’un entrepreneur qui avait fini par confondre sa propre identité avec celle de son entreprise.
Aujourd’hui, quelques semaines après avoir publié sur YouTube une vidéo dans laquelle il raconte ouvertement la fin de sa première entreprise, sa dépression et son processus de reconstruction, il lance officiellement un nouveau projet : Oja, une entreprise qui souhaite accompagner les entrepreneurs dans leur développement personnel autant que dans leur développement d’affaires. « Aujourd’hui, je veux aider ces entrepreneurs qui touchent le fond et qui cherchent leur mission de vie. C’est ma mission de vie maintenant. »
Une carrière née d’une passion plutôt que d’un plan
Rien ne destinait pourtant Louis Fouché à devenir entrepreneur. Formé dans une école de commerce avec l’objectif de travailler en publicité, il amorce sa carrière au sein de grandes organisations, notamment chez Danone, où il travaille pour la marque Evian. Rapidement, une autre compétence attire toutefois l’attention de ses collègues : la vidéo.
Depuis son enfance, l’image occupe une place importante dans son univers. Né dans une famille de créatifs, une mère peintre, un père styliste, il filme, photographie et monte des vidéos bien avant d’en faire un métier. « Très vite, j’ai eu une petite caméra et je filmais tout », raconte-t-il. Cette passion finit par prendre davantage de place que son emploi. Après avoir suivi plusieurs formations en ligne, il se lance comme travailleur autonome avant de bâtir sa propre entreprise autour de la création vidéo et de la formation. Avec le recul, il croit que cette première décision demeure l’une des plus importantes de son parcours. « Je conseillerais aux gens de se lancer sur n’importe quel projet qu’ils aiment. On peut toujours pivoter ensuite. »

Lorsque l’entreprise devient une partie de soi
Le succès arrive rapidement. Son école de formation, Grain, trouve son public et lui permet de transmettre les connaissances qu’il a lui-même acquises en vidéo et en création de contenu. Mais, derrière la croissance, un autre phénomène s’installe progressivement. Louis Fouché réalise aujourd’hui qu’il ne dirigeait plus seulement son entreprise : il s’identifiait complètement à elle.
« Il y a deux types d’entrepreneurs. Ceux qui dirigent une entreprise… et ceux qui sont leur entreprise. Moi, j’étais devenu mon entreprise. » Cette distinction apparaît aujourd’hui centrale dans sa réflexion. Selon lui, plusieurs entrepreneurs investissent tellement d’eux-mêmes dans leur projet que la moindre difficulté finit par remettre en question leur propre valeur.
Lorsque sa première entreprise prend fin, cette confusion identitaire éclate au grand jour. « Perdre mon entreprise, avec le recul, est sans doute la plus belle chose qui me soit arrivée. » Une phrase surprenante, qui ne minimise pas la souffrance traversée, mais qui traduit surtout la distance qu’il porte aujourd’hui sur cette période.
Une reconstruction assumée
Dans la vidéo qu’il a récemment publiée sur YouTube, Louis Fouché évoque ouvertement une période de profonde détresse psychologique. Il explique avoir longtemps fonctionné dans une logique de performance et de revanche, avant de réaliser que plusieurs blessures personnelles demeuraient non résolues. Il raconte également avoir souffert d’une dépression, avoir pris des antidépresseurs pendant plusieurs mois et être retourné vivre chez ses parents afin de reprendre pied. « Je suis revenu chez mes parents et c’est en revenant à la source que j’ai commencé à reprendre le bon chemin. » Cette transparence a suscité de nombreuses réactions sur le web.
Selon lui, près de 90 % des commentaires reçus sont positifs. Plusieurs internautes disent avoir été surpris de voir un entrepreneur parler aussi franchement de ses difficultés, sans chercher à préserver une image de réussite permanente.
Une nouvelle définition du succès
Cette remise en question a profondément transformé sa vision de l’entrepreneuriat. Pendant longtemps, il croyait que la réussite reposait principalement sur les bonnes stratégies d’affaires. Aujourd’hui, il défend une approche presque inverse. « Les stratégies business représentent peut-être 20 % du succès. Le reste, c’est le travail sur soi, l’alignement entre la tête, le corps et le cœur. » Cette conviction constitue désormais le fondement de Oja. L’entreprise proposera des programmes de formation, du coaching, une communauté ainsi que des retraites destinées aux entrepreneurs qui souhaitent développer leur entreprise sans sacrifier leur équilibre personnel.
Sa mission se résume en une formule qu’il répète à plusieurs reprises au cours de notre entretien : « J’ai envie d’aider les entrepreneurs à suivre leur flamme… sans se brûler. »
Repenser l’entrepreneuriat
Pour Louis Fouché, le principal défi auquel font face les entrepreneurs n’est pas financier ni technologique. C’est la solitude.
Selon lui, beaucoup créent une entreprise sans réellement comprendre ce qui les pousse à entreprendre. Ils cherchent la croissance, la performance ou la reconnaissance avant même d’avoir identifié leurs motivations profondes. « Vouloir tout, trop vite, sans se poser de questions ne rend pas heureux sur le long terme. »
Après avoir bâti une première entreprise, connu le succès, traversé un effondrement personnel puis recommencé à zéro, il affirme aujourd’hui avoir trouvé ce qu’il cherchait depuis le début. Cette fois, son ambition n’est plus seulement de bâtir une entreprise. Elle est d’accompagner d’autres entrepreneurs afin qu’ils puissent bâtir la leur… sans avoir à se perdre eux-mêmes en chemin.
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