/ Un texte de Florent Durieux
À 34 ans, après plusieurs années passées au Québec, j’ai choisi de revenir en Belgique, pour me rapprocher de ma famille. Ce retour n’a pas été qu’un simple changement de lieu : j’ai réellement commencé ma carrière au Québec. Je suis donc un Nord-Américain de l’est dans ma manière de travailler. L’Europe est différente. Aucun des deux modèles n’est meilleur ou moins bien que l’autre. Juste différent. Cela apporte son lot de frustrations, et il est facile de s’y laisser glisser. Cela apporte aussi son lot de joies et d’apprentissages.
Quitte à chambouler ma vie, l’entrepreneuriat ne semblait plus une marche aussi inquiétante à franchir. Entre deux continents, deux cultures, deux rythmes, j’essaie de mettre en place une posture qui donne sens à mon engagement : celle d’entredonneur.

Qu’est-ce qu’un entredonneur ?
Ce terme, dont je ne suis pas l’auteur, m’a été transmis par plusieurs de mes interlocuteurs. Il désigne une manière d’être et d’agir qui privilégie la circulation de la valeur plutôt que son extraction. L’entredonneur agit avec lucidité, responsabilité partagée et bienveillance, en respectant et, si possible, en régénérant les systèmes vivants : naturels, humains, sociaux et économiques, dont il fait partie.
Là où l’entrepreneur classique est centré sur la croissance et la performance financière, souvent par obligation systémique, l’entredonneur cherche à renforcer les écosystèmes qui rendent son activité possible. C’est une posture stratégique, loin de l’altruisme naïf, qui invite à penser la réussite autrement.
Un parcours d’apprentissages et de remises en question
Mon parcours entrepreneurial est jalonné de doutes et de remises en question. J’étais très bien à Montréal, et professionnellement parlant, il aurait été plus simple d’y rester. Le retour en famille tient toutes ses promesses, mais mon réseau est québécois. J’ai laissé dans la Belle Province des personnes et des projets qui me tiennent à cœur. La Belgique et l’Europe ont bien des attraits, mais y revenir implique un redémarrage (quasiment) à zéro.
Quand les routines volent en éclat, qu’a-t-on finalement à perdre de plus ? Pourquoi ne pas tenter ce qui nous tient à cœur ? Je suis donc parti en affaires, pour accompagner les entreprises dans leurs projets à visée stratégique régénérative, au Québec et en Europe.
Où cela va-t-il mener ? Je ne sais pas. Le chemin m’a appris à déposer les armes sur bien des choses : le contrôle et la prévisibilité notamment. La transformation ne se fait pas dans la précipitation ni la certitude absolue, mais dans la patience, l’écoute et l’expérimentation progressive. J’apprends à poser des limites, à gérer l’anxiété, et à avancer avec justesse, même dans l’incertitude.
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