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    Face à face

    Système E veut jouer dans la cour des grands

    9 Mins Read
    Crédit : Steven Grondin / Vertikal Club
    Entrevue avec Steven Paquet

    En 2018, Steven Paquet, président et fondateur de Système E, se retrouve au chômage, sa conjointe attend un enfant et les perspectives d’emploi dans son domaine sont limitées. Il a 25 ans, peu de certitudes, mais une conviction qui ne le quittera jamais : un jour, il sera à la tête de sa propre entreprise.

    Il décide alors d’acheter un camion et de proposer ses services dans le domaine des enseignes et de l’éclairage. Les premiers mois sont loin d’être faciles. Le moteur de son camion rend l’âme, les factures s’accumulent et les nuits sont parfois courtes. Pour générer des revenus, il accepte pratiquement tous les mandats qui se présentent, de l’entretien de luminaires à l’installation d’enseignes commerciales. « J’ai toujours su que je voulais avoir quelque chose à moi un jour. J’étais passionné et c’était clair que je deviendrais entrepreneur. Il y a eu beaucoup de péripéties, beaucoup de stress et beaucoup de nuits où je n’ai pas dormi », se souvient-il.

    Huit ans plus tard, le contraste est frappant. L’entreprise a multiplié ses champs d’expertise, investi massivement dans ses équipements et pris possession de nouveaux locaux. Mais derrière cette croissance, on retrouve cette volonté de construire une organisation capable de rivaliser avec les grands joueurs de son industrie.

    Des premiers clients qui changent la trajectoire

    Le premier véritable tremplin de Système E survient lorsque l’entreprise obtient un mandat d’entretien auprès de Tanguay et Groupe AMT. Pour Steven Paquet, cette première relation d’affaires représente bien davantage qu’un simple contrat. Elle lui permet de bâtir une clientèle récurrente et de démontrer sa capacité à répondre aux besoins de grandes organisations.

    Le deuxième client majeur sera Cominar, qui lui confie des interventions liées à l’éclairage et aux enseignes de 58 bâtiments. À une époque où l’entretien des systèmes d’éclairage exige encore de nombreux remplacements périodiques, ce type de mandat contribue à stabiliser les activités de l’entreprise. D’autres clients s’ajoutent progressivement, notamment des fabricants d’enseignes qui recherchent des équipes spécialisées dans l’installation, ainsi que Trudel, pour ses propriétés immobilières.

    Cette croissance repose sur une stratégie qui se précise au fil des années. Plutôt que de se limiter à la fabrication ou à l’installation d’enseignes, l’entrepreneur développe plusieurs expertises complémentaires. L’entreprise, initialement connue sous le nom d’Enseignes Système E, étend ses activités à l’électricité, à l’éclairage, à l’excavation et aux travaux de voirie.

    Aujourd’hui, Système E intervient notamment dans l’aménagement de nouveaux quartiers, les infrastructures routières et les travaux de génie civil. Une diversification qui lui permet de répondre à des besoins plus larges et de réduire sa dépendance envers un seul secteur d’activité.

    Près de 5 M$ investis pour prendre sa place en génie civil

    L’un des tournants majeurs de l’entreprise survient avec le développement de sa division de génie civil et de voirie. Pour entrer dans ce marché, Système E doit se doter d’équipements spécialisés, recruter des travailleurs expérimentés et développer une expertise qui dépasse ses activités d’origine.

    L’arrivée de Benoît, issu du milieu du génie civil et de l’éclairage, contribue à structurer cette nouvelle orientation. L’entreprise investit alors près de 5 millions de dollars afin de se donner les moyens de réaliser des mandats d’envergure. Ce choix illustre une philosophie qui revient constamment dans le discours de Steven Paquet : lorsqu’un marché ralentit, il préfère chercher de nouvelles occasions de croissance plutôt que d’attendre passivement une reprise. « Quand je vois que c’est plus difficile dans une division, j’en ouvre une autre », résume-t-il. Cette stratégie prend tout son sens dans le contexte économique actuel. Le secteur de l’éclairage a notamment subi les conséquences de la diminution de certaines subventions, tandis que l’électricité traverse une période plus difficile en raison du nombre limité d’appels d’offres disponibles cette année.

    À l’inverse, les activités de voirie connaissent une bonne période. L’entreprise a obtenu plusieurs mandats et profite d’un marché qui demeure favorable. Pour son dirigeant, cette diversification constitue désormais un avantage stratégique. Elle permet de maintenir une dynamique de croissance, même lorsque certaines divisions connaissent des ralentissements temporaires.

    Une culture d’excellence qui commence avec les camions

    En visitant les installations de Système E, un élément saute rapidement aux yeux : l’importance accordée à l’image de l’entreprise. Les camions, les équipements, les bureaux et les espaces destinés aux employés témoignent d’une volonté de professionnalisation qui dépasse les simples considérations esthétiques.

    Pour Steven Paquet, cette attention aux détails est directement liée à la réputation de l’entreprise. Il veut que ses équipes disposent des bons outils, que les véhicules soient propres et que les clients perçoivent immédiatement le sérieux de l’organisation. « L’image est importante. On est une compagnie d’image. Je veux que les camions soient toujours propres, que l’équipe soit bien traitée et qu’elle ne manque de rien », explique-t-il. Cette exigence se retrouve également dans le recrutement. L’entrepreneur aime poser une question aux candidats qui souhaitent rejoindre ses équipes : « Es-tu prêt à entrer dans la cour des grands? » Derrière cette formule se cache une ambition assumée. Système E souhaite se positionner parmi les entreprises de référence dans ses domaines d’activité et développer une culture où les employés sont encouragés à se dépasser.

    Le recrutement demeure toutefois l’un des principaux défis de l’organisation, particulièrement dans les métiers spécialisés et les travaux de génie civil. Le dirigeant n’hésite pas à utiliser Facebook et LinkedIn pour approcher directement des candidats potentiels, convaincu que le bon recrutement dépend souvent du moment où une occasion se présente. « On a formé un gros noyau dans notre département de génie civil et de voirie. Ce sont des gens qui ont le cœur à l’ouvrage, mais ce n’est pas facile de les trouver. Quand on trouve la bonne main-d’œuvre, il faut vraiment lui montrer qu’elle va être bien chez nous », souligne-t-il. Pour attirer les travailleurs, il mise sur la croissance de l’entreprise, les possibilités d’avancement et les conditions offertes. Il souhaite que les employés voient Système E comme un endroit où ils pourront développer leur carrière plutôt que simplement occuper un poste.

    Une entreprise familiale, au sens propre

    Si Système E a connu une croissance importante, son développement demeure profondément lié à l’entourage de Steven Paquet. Dès les premières années, plusieurs membres de sa famille et des proches se joignent à l’aventure. Son frère Dave l’accompagne dans ses différents emplois bien avant la création de l’entreprise. Les deux ont étudié ensemble à l’école privée Aviron, travaillé au chantier maritime Davie, puis chez un concurrent dans le secteur des enseignes. Lorsque Système E voit le jour, Dave suit naturellement son frère.

    Aujourd’hui, il occupe un rôle central dans les opérations. Chaque matin, il coordonne le départ des équipes, s’assure que les travailleurs disposent du matériel nécessaire et veille au bon déroulement des activités sur le terrain. Il supervise également les achats, les locations et différents aspects de la logistique. « Ça prend quelqu’un d’ordonné, de structuré, qui aime éteindre les feux », explique-t-il en décrivant les exigences de son quotidien.

    Leur mère a également contribué au développement de l’entreprise pendant plusieurs années. Mais c’est surtout l’implication d’Anne-Sophie, la conjointe de Steven Paquet, qui illustre la dimension familiale de Système E. Enseignante de formation, elle décide de quitter sa profession pour rejoindre l’entreprise à temps plein après son congé de maternité. Depuis 2018, elle accompagne son conjoint dans le développement de l’organisation et prend en charge une partie importante de l’administration.

    Travailler en couple pourrait représenter un défi pour certains entrepreneurs, mais les deux semblent avoir trouvé leur équilibre. « On a chacun nos départements. On collabore, on travaille bien ensemble et on a des personnalités complémentaires. À la maison, on essaie de moins en parler. On est capables de se dire qu’on veut décrocher », explique Anne-Sophie.

    Un bâtiment de 22 000 pieds carrés, déjà trop petit

    La croissance de Système E se reflète aussi dans ses installations. En mars dernier, l’entreprise a pris possession d’un nouveau bâtiment qui accueillait auparavant l’armée comme locataire. L’immeuble comprend 22 000 pieds carrés de superficie, sur un terrain de 70 000 pieds carrés. Les bureaux ont été entièrement rénovés et aménagés pour répondre aux besoins de l’organisation. Le rez-de-chaussée accueille notamment Élections Québec comme locataire, tandis qu’un autre occupant doit s’y installer prochainement.

    Une partie des installations a également été réservée au bien-être des employés. On y retrouve notamment des jeux d’arcade, une table de ping-pong et différents espaces permettant aux équipes de se retrouver à l’extérieur de leurs tâches quotidiennes. Mais malgré l’ampleur de ce déménagement, l’entreprise envisage déjà un agrandissement. Quelques mois seulement après son installation, elle commence à manquer d’espace.

    Cette situation témoigne du rythme auquel Système E poursuit son développement. Steven Paquet souhaite continuer à investir dans ses infrastructures et ses équipements, tout en conservant une organisation capable de répondre rapidement aux demandes de ses clients.

    Les acquisitions dans la mire, mais pas à n’importe quel prix

    Pour les prochaines années, l’entrepreneur envisage plusieurs avenues de croissance, dont l’acquisition d’entreprises complémentaires et une expansion de ses activités dans d’autres régions du Québec.

    Il reconnaît toutefois que les occasions intéressantes ne sont pas nécessairement nombreuses. Dans le secteur de l’électricité, par exemple, la valeur d’une entreprise repose souvent sur des relations commerciales et sur l’expertise de ses employés plutôt que sur des contrats garantissant des revenus à long terme. « Quand tu achètes une entreprise en électricité, est-ce que la clientèle va rester? Est-ce que les employés vont rester avec nous? », s’interroge-t-il.

    L’expansion géographique comporte également son lot de défis. Les exigences réglementaires varient d’une province à l’autre, tandis que la gestion d’équipes éloignées pourrait l’obliger à revoir son modèle d’organisation. « On regarde pour grandir davantage dans la province, mais il faut bien évaluer les occasions. Ma famille est importante, j’ai deux enfants et j’ai le goût d’être à la maison autant que possible », confie-t-il. Et malgré son ambition, l’entrepreneur tient à préserver une certaine proximité avec sa famille. Père de deux enfants, il souhaite continuer à être présent à la maison et ne veut pas que la croissance de son entreprise se fasse au détriment de sa vie personnelle.

    Après huit ans à bâtir son entreprise, Steven Paquet ne cherche plus seulement à entrer dans la cour des grands. Il veut désormais y prendre toute sa place.

    Pour en savoir plus : https://systemee.ca/

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