Avec un taux de chômage présenté à 1,5 %, parmi les plus faibles au pays, le défi pour Lévis semble clair pour l’ensemble des partis : comment faire croître ses entreprises lorsque les travailleurs manquent, que le logement se raréfie et que les déplacements deviennent eux-mêmes un frein à la productivité?
C’est sur ce terrain que se sont affrontés les candidats réunis jeudi au Complexe 2 Glaces Honco, à Saint-Romuald, à l’occasion du Rendez-vous politique organisé par la Chambre de commerce et d’industrie du Grand Lévis.
Autour de la table, les candidats ont multiplié les propositions pour convaincre une salle composée notamment de gens d’affaires : allégement réglementaire, baisse du fardeau fiscal, soutien aux PME, investissements en infrastructures, immigration économique et mesures destinées à retenir les travailleurs expérimentés. Derrière les divergences partisanes, un constat semblait faire relativement consensus : la croissance économique de Lévis risque désormais d’être freinée par sa capacité à loger, déplacer et recruter les travailleurs dont ses entreprises ont besoin.
La paperasse des PME dans la mire
Le premier thème, consacré à la productivité et à la croissance économique, a donné lieu à une véritable surenchère de propositions destinées à réduire le poids de l’État sur les entreprises.
Simon Beauchamp-Léveillé (Québec solidaire) a proposé la création d’un guichet unique permettant aux PME de centraliser leurs démarches administratives, tout en souhaitant réduire le financement accordé aux grandes multinationales. Yanick Godbout (Parti québécois), qui a notamment travaillé en développement international de PME et chez Desjardins Entreprises, a pour sa part présenté le Parti québécois comme « pro-entreprises » et « pro-PME », évoquant une réduction du taux d’imposition des entreprises et la création d’un secrétariat consacré à l’efficacité gouvernementale et réglementaire. Karine Laflamme (Parti conservateur), entrepreneure et ancienne présidente de la Chambre de commerce de Lévis, a elle aussi fait de la réglementation un cheval de bataille. « Déréglementation pour nos entreprises qui n’en peuvent plus », a-t-elle lancé, en défendant notamment l’abolition de la taxe carbone et des compressions dans la bureaucratie et les subventions. Bernard Drainville, le candidat sortant de la CAQ, a répliqué en mettant de l’avant une politique réglementaire selon laquelle l’ajout de nouvelles formalités devrait s’accompagner de l’élimination de règles existantes. Brittany Blais (Parti libéral) a quant à elle proposé un moratoire sur toute nouvelle réglementation ainsi que l’application d’une règle du « deux pour un ».


Davie s’invite dans l’affrontement
Dans une ville où l’industrie maritime occupe une place stratégique, Chantier Davie n’a évidemment pas tardé à s’inviter dans le débat. La candidate conservatrice a d’abord félicité Bernard Drainville pour son implication dans le dossier, ouvrant la porte à une réplique du candidat caquiste sur les outils de développement économique que certains de ses adversaires souhaitent réduire. Le candidat péquiste, quant à lui, a plutôt attaqué le bilan gouvernemental en matière d’allègement administratif, rappelant que la question figurait déjà parmi les engagements de 2018.
Le ton s’est également élevé lorsque Simon Beauchamp-Léveillé a estimé que Lévis avait en quelque sorte été « chanceuse à la loterie du fédéral » dans le dossier maritime. Bernard Drainville a vivement rejeté cette lecture. « On a travaillé, on n’a rien eu gratis, alors réjouissons-nous que des PME bénéficient de contrats de 15 G$ », a-t-il lancé, mettant également de l’avant les 25 millions de dollars associés au centre d’excellence naval.
La mobilité devient un enjeu de productivité
Sans surprise, le troisième lien a occupé une place importante du débat. Mais devant la communauté d’affaires, la discussion a rapidement dépassé la seule question du pont pour devenir celle de la mobilité économique. Bernard Drainville a réitéré son appui au projet, affirmant que 21 entreprises s’étaient manifestées et qu’un partenariat public-privé avec péage était envisagé. Il a notamment invoqué les difficultés vécues lorsque des camions doivent effectuer d’importants détours en cas de perturbation du réseau. Karine Laflamme s’est elle aussi prononcée clairement en faveur d’un lien à l’est, qu’elle a qualifié de « poumon économique pour notre région », mais s’est opposée à l’idée d’un péage.
À l’autre bout du spectre, Simon Beauchamp-Léveillé a plutôt défendu un SRB à Lévis, l’abaissement du tablier du pont de Québec et le renouvellement de la flotte de traversiers. Yanick Godbout a demandé que la nécessité du troisième lien soit appuyée par des études, allant jusqu’à confronter Bernard Drainville sur la publication de celles-ci.
Brittany Blais a pour sa part directement lié transport et développement économique. Elle a également insisté sur le lien entre développement résidentiel et création d’emplois : « On ne peut pas demander à Lévis de créer des emplois si les travailleurs ne peuvent se loger et se déplacer. »

Quand le plein emploi devient un problème d’affaires
Le dernier grand thème du débat a justement porté sur la main-d’œuvre et l’attractivité. Avec un taux de chômage de 1,5 % évoqué durant la rencontre et un loyer moyen dépassant 1 200 $, les candidats ont été invités à expliquer comment ils comptaient soutenir une économie où les bras disponibles sont rares.
Les divergences se sont notamment manifestées sur l’immigration. Karine Laflamme souhaite que les besoins soient évalués région par région plutôt qu’à partir d’un seuil uniforme. Elle a également dénoncé les difficultés entourant la reconnaissance des acquis des nouveaux arrivants, estimant que le Québec perd ainsi de la main-d’œuvre qualifiée. Bernard Drainville a défendu un seuil de 45 000 immigrants et insisté sur la nécessité de trouver un équilibre entre les besoins de main-d’œuvre et la capacité des services publics. Le candidat de Québec solidaire a plaidé pour l’accueil de 70 000 immigrants par année afin de répondre aux besoins du marché du travail, illustrant son propos avec l’exemple d’un cuisinier susceptible de devoir quitter le pays malgré les besoins criants de son employeur. Yanick Godbout a pour sa part critiqué la gestion des permis de travail et défendu une approche où le Québec disposerait de davantage de leviers pour gérer ses besoins de main-d’œuvre.


Le grand absent : le repreneuriat
Dans un débat largement consacré aux PME, à leur croissance, à la fiscalité et à leur main-d’œuvre, un enjeu pourtant majeur pour la pérennité du tissu entrepreneurial n’a pratiquement pas été abordé : le repreneuriat. Une seule intervention, amenée par Karine Laflamme dans une question adressée à Bernard Drainville, a porté sur la stratégie en matière de transfert et de reprise d’entreprises. Le sujet n’a pas donné lieu à une discussion plus large entre les candidats.
À Lévis, les candidats ont beaucoup parlé de la prochaine génération de travailleurs, des infrastructures nécessaires à la croissance et de la réduction du fardeau des PME. La prochaine génération de propriétaires d’entreprises, elle, devra manifestement attendre un autre débat.

