L’intelligence artificielle n’est plus un sujet expérimental réservé aux laboratoires technologiques ou aux grandes entreprises américaines. Pour plusieurs dirigeants québécois, elle devient désormais une question directement liée à leur compétitivité, leur croissance… et parfois même leur survie.
C’est l’un des grands constats dressés par Kathleen Polsinello, directrice générale et associée principale chez Boston Consulting Group (BCG) Canada, rencontrée dans le contexte de l’ouverture récente du nouveau siège social montréalais du cabinet.
Présente chez BCG depuis maintenant 20 ans, elle observe actuellement une transformation rapide des priorités des PDG québécois. « Les PDG québécois naviguent une période d’incertitude commerciale, notamment avec les tarifs américains, qui viennent s’ajouter à des défis structurels qui existent depuis longtemps », explique Kathleen Polsinello.



L’IA : au-delà de l’effet de mode
Chez BCG, les mandats liés à l’intelligence artificielle représentent désormais près de 40 % des revenus du cabinet. Mais contrairement à certains discours très centrés sur la technologie elle-même, l’approche de l’entreprise repose davantage sur la transformation des processus d’affaires et des modèles organisationnels. « L’IA, ça fait déjà des années qu’elle est avec nous. Ce n’est pas seulement un enjeu technologique, mais surtout une question de processus et de stratégie », souligne-t-elle.
Le cabinet observe actuellement un phénomène à « deux vitesses » au sein des organisations. D’un côté, plusieurs entreprises demeurent concentrées sur des enjeux plus traditionnels comme la réduction des coûts, les acquisitions ou la planification stratégique. De l’autre, certaines commencent à intégrer l’IA de façon beaucoup plus structurée. Selon les données d’une récente étude de la firme, ce sont les organisations les plus avancées à ce deuxième niveau qui voient déjà apparaître les gains les plus significatifs. « Les entreprises qui ont véritablement intégré l’IA affichent une croissance environ 1,6 fois supérieure à leurs pairs », affirme Kathleen Polsinello.
Mais pour elle, plusieurs clients abordent encore mal la question. « La bonne réflexion pour les entreprises n’est pas : “J’ai une technologie IA, où est-ce que je la mets?” Il faut plutôt commencer par se demander : qu’est-ce qu’on veut améliorer? Être plus rapide? Plus proche de nos clients? Transformer un processus? Ensuite, on regarde où l’IA peut créer de la valeur », explique-t-elle.



Montréal comme laboratoire d’innovation
Cette accélération technologique explique en partie pourquoi BCG continue d’investir fortement au Québec. Le cabinet estime que Montréal possède aujourd’hui l’un des bassins de talents les plus prometteurs en Amérique du Nord, particulièrement dans les secteurs liés à l’innovation et à l’intelligence artificielle.
Mais au-delà des talents techniques, Kathleen Polsinello croit que Montréal possède une culture d’affaires particulière qui la distingue de plusieurs autres grands centres économiques. « Les dirigeants montréalais sont extrêmement impliqués dans la prospérité de leur ville et de leur écosystème. Ce n’est pas quelque chose qu’on retrouve partout avec la même intensité », souligne-t-elle.
Cette proximité entre entreprises, institutions et milieux d’innovation contribue selon elle à créer un environnement particulièrement favorable aux transformations économiques.
Passer de la résilience à l’offensive
Au cours des dernières années, plusieurs entreprises ont surtout cherché à bâtir des stratégies de résilience afin de faire face aux crises successives : pandémie, inflation, chaînes d’approvisionnement, tensions géopolitiques et ralentissement économique.
Selon les recherches internes de BCG, un changement de ton semble actuellement émerger dans les organisations. « Depuis le début de l’année, le mot qui ressort le plus dans nos analyses est “innovation”. Les entreprises commencent tranquillement à passer d’une logique défensive vers une approche plus offensive et tournée vers la croissance », explique Kathleen Polsinello. Pour le cabinet, cette nouvelle phase obligera toutefois les organisations à revoir profondément leurs modèles d’affaires, leurs investissements et leur gestion des talents.
Au-delà de la technologie elle-même, l’enjeu central demeure toujours le même : réussir à transformer concrètement les organisations sans perdre de vue l’humain qui se trouve derrière les processus.
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