À 23 ans, Margot Pasquier débarque à Montréal, trois semaines avant que la pandémie ne bouleverse le monde. Elle arrive avec une conviction déjà bien ancrée: elle ne se voit pas s’inscrire dans des cadres qui ne font pas sens. « Le fait de devoir obéir à quelqu’un n’a jamais fait partie de mon ADN », confie-t-elle. Une posture qui, loin d’être un frein, deviendra le moteur de son parcours entrepreneurial.
Avant le Canada, Margot cherche sa voie. Après ses études, elle s’offre une année de philosophie pour se préparer aux concours de Sciences Po, avec l’ambition de devenir journaliste. Elle passe par une agence de communication en France, une expérience qui la conforte dans son intuition: ce milieu n’est pas pour elle. Plus tard, dans une agence web, les fondateurs perçoivent rapidement son désir d’indépendance. Plutôt que de la retenir, ils choisissent de l’outiller pour qu’elle puisse lancer ses propres projets. Une rencontre déterminante.
L’économie sociale
C’est en découvrant l’économie sociale et solidaire que son projet entrepreneurial prend réellement forme. Margot voit dans le Québec un terrain plus fertile qu’en France pour développer des opportunités. Montréal, notamment, l’impressionne par son dynamisme et son avance en matière d’innovation sociale. Elle y rencontre des personnes prêtes à embarquer avec elle dans l’aventure, partageant la même envie de créer autrement.
Cette énergie la mène à fonder sa première entreprise, 25e heure, où elle goûte au plaisir de vivre de sa passion. Travaillant sans relâche, elle remet peu à peu en question son rapport au travail et à la performance. « Cette notion de responsabilité me pesait sur les épaules », raconte-t-elle.
En septembre 2024, le corps impose une pause brutale. Margot Pasquier traverse un burn out majeur, à un point où certaines tâches simples deviennent impossibles. « Le burn out, c’est le corps qui dit “stop” », résume-t-elle. Une expérience marquante qui l’amène à nuancer sa vision de l’effort, du succès et de la résilience. L’année 2025 est faite de patience, de rendez-vous médicaux et d’un lent processus de reconstruction. Malgré l’effervescence d’idées, son corps peine à suivre.
La culture du surmenage
Ce passage à vide devient aussi un moment de lucidité. L’entrepreneure questionne profondément la culture du surmenage et l’illusion du succès à tout prix. « Notre santé mentale et physique se construit souvent au détriment du succès », affirme-t-elle. Pour elle, la règle est désormais claire: si l’entrepreneure ne va pas bien, l’entreprise ne peut pas aller bien non plus.
Le secret de sa remontée? Retrouver le plaisir. « La clé pour moi a été de trouver de l’amusement dans le travail », dit-elle. Revenir à ce qui nourrit la curiosité, l’élan et le sens.
Aujourd’hui, Margot Pasquier a lancé COMMUT, aux côtés d’Elora Boyer et Priss Auvray. L’entreprise se consacre à la production de contenu pour sensibiliser à l’économie sociale et à l’entrepreneuriat collectif. Plusieurs projets sont en cours: ADN coop, une série web dont le pilote est déjà sorti; Collectivons, un jeu de cartes qui déconstruit les idées reçues sur l’économie sociale, actuellement en phase de test; et Sur la route, un guide touristique des régions du Québec mettant en lumière uniquement des entreprises d’économie sociale, en partenariat avec le Pôle d’économie sociale de Longueuil.
Passée par l’incubateur HEC Montréal, qu’elle décrit comme une expérience à la fois formatrice et exigeante, Margot poursuit aujourd’hui son engagement, même à distance, puisqu’elle se trouve actuellement en France pour quelques mois.
Son parcours incarne une génération d’entrepreneur(e)s qui refusent de sacrifier leur santé, leur sens et leur liberté sur l’autel de la performance. Une trajectoire faite d’élan, de remises en question et d’une conviction forte: entreprendre, oui, mais pas au prix de soi.
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