La fermeture anticipée des opérations hivernales du Massif de Charlevoix, annoncée cette semaine, dépasse largement le cadre d’un simple conflit de travail. Pour plusieurs acteurs économiques, elle illustre de manière frappante les effets collatéraux que peuvent avoir certains blocages syndicaux sur l’économie régionale et sur l’attractivité du Québec comme lieu d’investissement.
Dans une publication largement relayée sur LinkedIn, Pierre Graff, président du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec (RJCCQ), n’a pas caché son exaspération. « Je suis découragé », écrit-il d’entrée de jeu, évoquant une tradition québécoise de conflits de travail qui, selon lui, pèse lourdement sur la croissance économique et la confiance des investisseurs.
Une saison compromise, une région fragilisée
Le Massif de Charlevoix a confirmé qu’il se voyait contraint de mettre fin à ses opérations régulières à la suite du rejet, par des employés syndiqués affiliés à la CSN, de deux scénarios proposés lors d’un vote tenu récemment. Cette décision survient dans un contexte particulièrement sensible, alors que la montagne devait poursuivre l’enneigement artificiel afin de respecter des exigences réglementaires strictes.

Selon l’entreprise, le remplissage du réservoir nécessaire à l’enneigement devait être complété au plus tard le 31 janvier. Pour y parvenir, une reprise rapide des opérations avant le 20 janvier était essentielle. Or, l’absence de retour au travail des employés syndiqués rendait cet échéancier impossible à respecter, compromettant ainsi la sécurité des pistes et la qualité de l’expérience offerte aux visiteurs.
« Après avoir sorti Le Massif d’une situation financière précaire il y a plus de 23 ans, nous constatons aujourd’hui, avec une grande tristesse, que Le Massif de Charlevoix, un fleuron régional et destination récréotouristique internationale quatre saisons, voit de nouveau sa pérennité fragilisée », a déclaré Claude Choquette, président de Groupe Le Massif, dans un communiqué.
Un effet domino sur l’économie locale
Pour Pierre Graff, le cas du Massif illustre un problème plus large. Il parle d’un « effet domino » où un conflit touchant une partie des employés d’une entreprise privée peut paralyser une saison touristique entière et mettre en péril l’économie d’une région fortement dépendante du tourisme hivernal et de l’hospitalité.
Le président du RJCCQ souligne qu’environ 100 employés sur 300, soit ceux ayant voté contre l’entente, ont contribué à une situation qui affecte désormais des centaines d’emplois indirects, des partenaires locaux, des fournisseurs et l’ensemble de l’écosystème touristique de Charlevoix. Une situation qu’il juge d’autant plus difficile à comprendre que, selon lui, les représentants syndicaux auraient eux-mêmes reconnu publiquement que « la différence n’est pas si élevée ».
Productivité, flexibilité et climat d’affaires
Dans sa sortie, Pierre Graff élargit le débat en rappelant que le Québec connaît proportionnellement plus de conflits de travail que la moyenne canadienne, un facteur qui, selon lui, nuit à la confiance des investisseurs et freine l’implantation de nouvelles entreprises.
Il cite également la faible croissance économique des dernières années, évaluée à environ 0,6 % en 2023 et entre 1 et 1,6 % en 2024, des chiffres qu’il juge insuffisants pour améliorer rapidement le niveau de vie de la population.
Revenir à l’équilibre
Sans remettre en question la légitimité des mécanismes de négociation collective, Pierre Graff appelle à un retour à des relations de travail « plus souples et collaboratives », où les différends ne mettent pas en péril des secteurs entiers de l’économie locale.
« Quand des blocages prolongés fragilisent des centaines d’autres emplois et une région au complet, il devient urgent de retrouver un équilibre », affirme-t-il, plaidant pour des solutions qui permettent d’améliorer les conditions de travail sans créer de dommages collatéraux majeurs.
Pendant ce temps, la fermeture du Massif de Charlevoix laisse planer une grande incertitude sur la saison hivernale, mais aussi sur l’avenir d’un fleuron touristique québécois qui génère plus de 525 emplois directs et joue un rôle central dans le dynamisme économique de Charlevoix.

